L'Église au Moyen âge

 

Grandes dates de l'histoire de l'Église au moyen âge

Les dates retenues sont approximatives voires arrondies pour faciliter la mémorisation.

476
Chute de l'Empire Romain, début du Moyen Вge.
496
Baptème de Clovis
500
La Bible est maintenant traduite en 13 langues.
527
Début du règne de l'empereur byzantin Justinien (et son épouse Théodora). Restaure partiellement l'empire Romain depuis Constantinople.
529
Saint Benoit (Italie) écrit "la règle" pour la vie monastique.
553
Concile de Constantinople II (sous Justinien) revient sur la condamnation du monophysisme
590
Grégoire le Grand pape de Rome (donne ses richesses perso pour les pauvres). Déclare qu'un pape universel ne pourrait être que l'Antichrist (réponse aux prétentions du pape de Constantinople).
622
Islam. A la mort de Mahomet en 632, l'islam balaye Palestine, Syrie puis Egypte et Afrique du Nord. Les patriarcats d'Antioche, Alexandrie et Carthage sont affaiblis ce qui renforce la position des papes de Rome et Constantinople au sein de la chrétienté.
754
Concile de 300 évèques qui condamne le culte des icônes qui commence а se développer sous l'influence du pape de Rome Grégoire III
787
Pseudo concile de Nicée II impose le culte des icônes sous la pression impériale byzantine. Nombreuses résistances dans l'Eglise. Cette apostasie de l'Église officielle sera la cause de nombreuses divisions. De nombreuses déviations avaient commencé а s'introduire dans l'Église depuis le 4è siècle (culte des martyrs, célibat idéalisé) mais elles n'étaient pas imposées. Ce "concile" est un tournant majeur. Claude évèque de Turin résiste а ses déviations et maintient ou rétablit la doctrine catholique (chrétienne) primitive dans son archevéché. Il est le "père" des Vaudois.
857
Premières prétentions de Rome à la domination universelle de l'Église.
861
Conversion des slaves (Cyrille et Méthode)
1054
Grand schisme entre les Églises d'occident et d'orient.
1073
Grйgoire VII (Hidelbrand) deviend pape impose le célibat aux prêtres et les force а renvoyer femmes et enfants, persécution opposants, dictatus Papae (prise de pouvoir de l'Église sur le pouvoir politique). L'Église Romaine prend un visage terrible qui durera jusqu'а Vatican II (pour les Vaudois, l'Antichrist est devenu "adulte").
1096, 1099
Premiиres croisades (pape Urbain II) pour résister aux invasions musulmanes et protéger les chrétiens d'Orient et pélerins persécutés.
1099
Royaume Latin de Jérusalem (Godefroy de Bouillon) massacre brutal des opposants.
1174
Pierre Valdo et les Pauvres de Lyon vont rejoindre les Vaudois.
1177
"Concile" de Latran III condamne vaudois et albigeois.

L'âge des Réformes

Les dates retenues sont approximatives voires arrondies pour faciliter la mйmorisation.

1517
95 Thиses de Martin Luther contre les indulgences
1532
Synode de Chanforan: les Vaudois et la réforme fusionnent
1534
Affaire des placards (affiches) critiquant la messe: arrestations, condamnations à mort, bûcher contre les "hérétiques" (protestants) se succèdent.
1545
Massacre (martyre) des Vaudois du Luberon
1559
Martyre d'Anne du Bourg, conseiller du Parlement de Paris, brulé vif pour sa foi
1560
Conjuration d'Amboise: certains Huguenots (protestants) proches du trône (Antoine de Bourbon, prince de Condé tentent d'enlever le jeune roi afin de le soustraire а l'influence des ducs de Guises (catholiques intégristes). La conjuration échoue. Pendant un mois, de nombreux Huguenots sont pendus, décapités ou noyés par les Guise.
1562
Massacre de Vassy par les hommes du duc de Guise (catholique): début des guerres de religion (guerre civile)
1572
Saint Barthélémy: massacre d'une bonne partie de l'élite de le France par une populace fanatique avec l'appui du Pape
1598
L'Edit de Nantes permet aux protestants d'obtenir la liberté de conscience, l'égalité avec les catholiques et l'accès aux emplois, d'exercer leur culte et de conserver leurs places de sûreté.
1618
Début de la guerre de 30 ans
1655
Pâques piémontaises: le conseil pour la "propagation de la foi" massacre par trahison les vaudois du Piémont
1685
Révocation de l'Édit de Nantes: dragonnades, refuge: 300 000 réformés s'exilent malgré l'interdiction. Galères, prison, période du "Désert"
1702
révolte et victoires des camisards (paysans calvinistes des Cévennes) sur l'armée royale persécutrice
1710
Louis XIV engage une lutte contre les Jansénistes (Isaac Lemaître, Blaise Pascal,..), des chrétiens catholiques attachés а la Bible et opposés à l'hypocrisie des Jésuites. Le couvent de Port-Royal des Champs est rasé. Les jansénistes sont arrêtés et emprisonnés.
1787
Édit de tolérance: les protestants ont enfin droit à un état civil. Jusque-là leurs mariages et leurs enfants étaient considérés comme "illégitimes".

 Tiré de:  http://www.info-bible.org/histoire/catholique/dates.htm

 


 

L' Église au Moyen Âge

"...Si l'on s'en tient à une définition classique, celle du Petit Robert par exemple, le Moyen-Age est cette "période moyenne comprise entre l'Antiquité et les Temps modernes, allant traditionnellement de la chute de l'Empire Romain (476) à 1453 (chute de Constantinople) ou plutôt à 1492 (découverte de l'Amérique)". Longue période de dix siècles pendant laquelle se construit peu à peu une nouvelle société dont, à la Renaissance, sortira le monde moderne..."

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

 VOIR AUSSI:

https://archive.org/details/lgliseaumoyen00rb (Église et Moyen Age)

http://dieumaintenant.com/legliseaumoyenage.html#top

http://www.histoire-france.net/moyen/religion

https://fr.vikidia.org/wiki/Religion_en_Europe_au_Moyen_%C3%82ge

https://www.assistancescolaire.com/eleve/2nde/histoire/reviser-le-cours/la-chretiente-medievale-2_his_05

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_gr%C3%A9gorienne (réforme grégorienne)

 

 

1095 - 1337 : le temps des croisades

 En 1055 les turcs s'emparent de Bagdad, battent les romains de Byzance et prennent Jérusalem aux arabes. Le pape Urbain II demande des volontaires pour reprendre le tombeau du christ. Ils se reconnaissent en cousant une croix rouge sur leur vêtement. Il y aura 8 croisades entre 1096 et 1270.

 

EN PLUS DES PHÉNOMÈNES MARQUANTS INHÉRENTS À L'HISTOIRE DE L'ÉGLISE TELS  LES CROISADES ET  L'INQUISITION...

 

http://soutien67.free.fr/histoire/pages/moyen_age/croisades.htm#signet02

http://www.linternaute.com/histoire/croisades/72/a/1/1/3/

 http://www.histoiredumonde.net/-Historique,24-.html (lES CROISADES)

https://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-croisades-temps-de-rencontre.html

 

NOUS RETIENDRONS ICI QUATRE MOMENTS IMPORTANTS QUI CARACTÉRISENT  CES DIX SIÈCLES DE L'HISTOIRE HUMAINE QUE L'ON APPELLE COMMUNÉMENT "LE MOYEN-AGE" ET QUI SELON MOI ONT PARTICIPÉ À TOUR DE RÔLE ET DE FAÇON SIGNIFICATIVE  À FAIRE AVANCER L'ÉTIQUE DE L'ÉGLISE ET L'AUTHENTICITÉ DU  MESSAGE CHRÉTIEN.

 

1- LE MONACHISME CHRÉTIEN

2- LES DIDDIDENCES-EN-CHRÉTIENTÉ

3- LA RÉFORME PROTESTANTE

4- LA CONTRE RÉFORME

 


 

I- LE MONACHISME CHRÉTIEN

 Le monachisme chrétien en tant que tel apparaît en Orient dès le IIIe siècle, en particulier vers 270, avec la retraite d'Antoine le Grand dans le désert égyptien. Son rayonnement attire autour de lui, et malgré lui, de nombreux disciples qui mènent, comme lui une vie érémitique (anachorètes), donc solitaire, ou qui se regroupent en petites communautés (cénobites) que Pacôme le Grand, tout en s'inspirant d'Antoine le Grand, régule de manière méthodique en Haute-Égypte[1]. La règle de Pacôme, codifiée au IVe siècle par Basile de Césarée, influencera tout le monachisme futur. Dès le IVe siècle également, il se développe en Occident notamment sous l'impulsion d'Ambroise de Milan en Italie, de Martin de Tours en Gaule et de Colomban en Irlande, toujours sur le modèle égyptien de Pacôme et selon la spiritualité d'Antoine le Grand. Mais c'est la Règle de saint Benoît, équilibrant vie spirituelle (prière, ascèse, chasteté, pauvreté), travail manuel et culture intellectuelle qui, dès le début du VIe siècle, sert de référence définitive à

Il existe des religieux des deux sexes, appelés moines et moniales, et les communautés étaient en général séparées. L'ordre monastique particulier qui les régit suit en général une règle, dont les plus anciennes sont la règle de saint Basile (aujourd’hui presque uniquement observée par les moines d'Orient) et la règle de saint Benoît, suivie par plus de 30 000 moines et moniales, particulièrement en Occident[2].

La vie monastique, le plus souvent au sein d'un monastère ou d'un couvent, qui peut être une abbaye lorsqu'il est dirigé par un abbé, varie entre formes cénobitiques (en communauté) et érémitisme.

l'ensemble de la tradition monastique occidentale jusqu'à aujourd'hui,

Tiré de: https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Monachisme

 

Aux premiers temps du christianisme, le cénobitisme était une forme de vie monastique en communauté, propre aux cénobites, par opposition aux ermites et anachorètes qui vivaient seuls une vie consacrée à la prière et la contemplation. L'étymologie explique bien cette différence essentielle, à travers deux mots grecs : koinos qui signifie « en commun » et bios qui signifie « vie »[1].

C'est l'ermite Pacôme le Grand qui est considéré comme l'initiateur des premiers monastères, tant masculins que féminins, sur un modèle militaire à partir de 315 en Égypte. Jean Cassien importa cette organisation monastique dans l'Occident chrétien autour de l'an 400.

Dans les premiers exemples de vie cénobitique, les moines s'en remettaient à l'autorité d'un patriarche, d'un ancien, souvent appelé abba (père) ; par la suite, fut instituée l'élection d'un supérieur du monastère (l'abbé ou prieur), à qui les moines doivent une absolue obéissance.

 tiré de: https://fr.m.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9nobitisme

 Le monachisme chrétien occidentalModifier

Dans l'Europe occidentale, le monachisme fait son apparition à partir du delta du Rhône : Marseille, îles de Lérins, Arles, et remontera dans le couloir rhodanien. De nombreuses figures encore très populaires, ne serait-ce que dans les noms de localités marquent ce monachisme : saint Martin de Tours, évêque de Tours, saint Césaire d'Arles… Ces personnages sont caractéristiques de la première période du monachisme où les abbés les plus fameux devenaient évêques, portant par là-même l'abbaye idéale au rang de modèle tant dans l'architecture que dans la morale, ou la discipline du clergé séculier, c'est-à-dire les prêtres des paroisses. À dater de cette période, les évêques et les abbés sont représentés avec les mêmes attributs : crosse épiscopale, mitre, anneau, et croix pectorale.

Étymologiquement, le moine est celui qui vit seul, mais le mot a pris un sens plus large et s'applique à tous ceux qui se séparent de la société des hommes (le monde) pour se consacrer par la prière au service de Dieu, qu'ils vivent isolés, « ermites » et « anachorètes », ou groupés dans un monastère, « cénobites ». La diversité du monachisme occidentale est donc très grande. Le monachisme est la mise en pratique de la parole du Christ : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. ». Le Christ appelle tous les hommes à la perfection, mais au Moyen Âge, on a tendance à estimer que les seuls qui répondent pleinement à cet idéal de perfection sont les moines.

Les débuts du monachisme chrétien en Occident

En Occident, dès les premiers siècles, des groupes de chrétiens fervents décidés à répondre pleinement à l'appel de Dieu se retirent du monde. Mais l'historien manque de sources pour connaître avec assez de détails la vie de ces ascètes, hommes et femmes. De ce fait, les historiens ont tendance à privilégier le monachisme chrétien oriental qui dès le début a couché ses règles par écrit. Les plus grands évêques de l'Antiquité tardive, Eusèbe à Vercelli, Ambroise de Milan et Augustin d'Hippone, organisent la vie commune pour leurs clercs[16]. Les premiers établissements religieux apparaissent à l’Ouest de l’Empire à partir de la fin du IVe siècle : Honorat à Lérins et de multiples fondations à partir du VIe siècle.

Benoît de Nursie (480-547) fonde un monastère au mont Cassin. Son monde est alors en proie à un certain chaos dû à la chute de l'empire : les céréales ne viennent plus d'Afrique, l'économie est à bout et la population se replie sur les montagnes, ce qui forme une sorte de retour à l'âge de fer. Benoît de Nursie souhaite établir une règle durable pour la vie monastique, et ses monastères sont en particulier conçus pour être auto-suffisants et un modèle économiquement viable ; non seulement font-ils des provisions, mais ils utilisent aussi des forces de commerce, entre autres sur le sel et le vin auquel les moines ont le droit quotidiennement. Sa règle met en avant la valeur du travail, ce qui constitue une différence marquante avec l'esprit de l'antiquité par sa rupture avec la vie aristocratique (dont le travail ne faisait pas partie), et forme donc un des passages dans l'esprit du Moyen Âge.

La règle de saint Benoît fut en particulier diffusée en dehors de l'Italie, étendant son influence dans l'Empire de Charlemagne. Les moines errants sont contraints de se fixer. Charlemagne et son fils Louis le Pieux reconnaissent deux formes d'entrée dans le monastère : la vocation et l'oblation[17]. Les empereurs nomment les abbés à la tête des grands monastères, provoquant parfois le mécontentement des moines[18]. En Occident, les moines sont pendant le premier millénaire, les fers de lance de l'évangélisation des masses. Ils créent des monastères dans des régions encore païennes. À la fin du IVe siècle, Saint Martin, qui évangélise les campagnes gauloises, avait fondé un monastère à Ligugé, près de Poitiers. Devenu évêque, il organise un autre monastère, en face de la ville dont il est l'évêque, Tours : l'abbaye Saint-Martin à Marmoutier. L'apôtre de l'Irlande, saint Patrick organise au Ve siècle l'Église en ce pays en faisant des monastères le cadre de l'Église de l'île ; certains abbés sont en même temps évêques.

Le pape Grégoire le Grand envoie en 596 des moines pour convertir l'Angleterre ; ils créent des monastères pour assurer l'office dans les cathédrales. L'évangélisation des pays germaniques aux VIIIe et IXe siècles est, elle aussi, l'œuvre des moines[16].

Le Moyen Âge et l'apogée du monachisme occidentalModifier

Dès le Haut Moyen Âge, les fondations se multiplient, dans les faubourgs des villes anciennes, dans les campagnes. Certaines sont même à l'origine de la fondation de noyaux urbains nouveaux comme à Saint-Gall. Les cénobites connaissent un prodigieux succès sur tous les plans. Cependant, les ermites maintiennent la tradition d'une vie entièrement détachée des ambitions terrestres, fidèle à la simplicité évangélique. À Camaldoli et à la Chartreuse, l'érémitisme est tempéré par l'introduction de pratiques cénobitiques. L'austérité de vie des moines, n'atteint jamais les records de pénitence établis en Orient[16].

Au début du Xe siècle, naît en l'Église catholique la volonté de réformer l'ordre monastique. Cette restauration s'appuie sur la Règle de saint Benoît : inspirée par la réforme grégorienne, elle promeut ascétisme, pauvreté, rigueur liturgique et érige, dans une certaine mesure, le travail manuel comme une valeur cardinale. Ce renouveau monastique, symbolisé par l'Ordre clunisien, l'ordre des chartreux, de Grandmont ou de Fontevraud, l'Ordre cistercien, se développe au XIe et XIIe siècle. L'âge d'or du monachisme, en Occident, est ainsi le Moyen Âge qui voit la fondation de nombreux ordres religieux ainsi que la construction de très nombreux monastères (ou abbayes). Dotées de vastes territoires, ces communautés ont contribué de façon importante à façonner le paysage rural par le défrichement des forêts (en particulier par les moines cisterciens), la mise en culture... Le monachisme a été aussi un des vecteurs les plus importants de la culture, la plupart des livres manuscrits étaient en effet, avant l'invention de l'imprimerie, recopiés à la main par des moines. À la Chartreuse, à Vallombreuse et à Cîteaux, deux groupes distincts apparaissent à l'intérieur du monastère, les clercs auxquels on réserve le nom de moines et les laïcs qui reçoivent le nom de convers.

Le IVe concile du Latran de 1215 décide que toute nouvelle maison religieuse doit adopter une règle déjà reconnue, celles de saint Basile, de saint Augustin ou de saint Benoît. Ceci n'empêche pas dès le XIIIe siècle, le développement d'ordres nouveaux, les ordres mendiants, qui gardent des anciennes règles, la célébration de l'office en commun et l'abstinence de viande. Ils bénéficient de la bienveillance des anciens moines, qui les laissent volontiers s'installer dans leurs vastes domaines. Par la suite, les ordres anciens, de tradition purement cénobites, et les ordres nouveaux, orientés vers des activités apostoliques ou charitables, ne cessent de s'influencer[16].

 tiré de: https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Monachisme_chr%C3%A9tien

 

 VOIR AUSSI:

https://wikimonde.com/portail/Monachisme

http://www.carrefourkairos.net/csp/moines.htm

http://www.carrefourkairos.net/csp/moines_ma.htm

http://users.skynet.be/bs775533/Armand/wri/origines.html

http://eocf.free.fr/text_cours_monachisme_egypte.htm

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Portail:Monachisme

http://ekladata.com/fj2K_YkUY7Vyr4Z_gK7-jYmPFVM.pdf (monachisme)

https://fr.vikidia.org/wiki/R%C3%A9forme_clunisienne (réforme clunisienne)

 


 

II-LES DISSIDENCES (HÉRÉTIQUES)

 

Ici,  "... nous ne considèrerons qu'une partie du Moyen-Age, celle qui va, en gros, du XIe siècle au XIVe siècle. Rappelons, afin de mieux comprendre ces quelques siècles pendant lesquels vont apparaître tant d'hérésies, que Rome est alors le centre de la Chrétienté; et que, selon une tradition longtemps tenue pour vraie, Rome s'était trouvée confirmée dans son rôle de capitale du monde chrétien par la donation de l'empereur Constantin au IVème siècle. Cet acte fut interprété comme reconnaissant l'infériorité de l'Empire face à l'Eglise et l'impossibilité, pour un chef temporel, de résider là où le vicaire du Christ, suivant l'ordIl nous fallait souligner cette interpénétration des deux pouvoirs, le spirituel et le politique, pour mieux faire comprendre que cette société du Moyen-Age était, à son origine même, une société religieuse, catholique, nous dirions aujourd'hui une société confessionnelle...

...Mais la société du Moyen-Age était aussi, et fondamentalement, une société agricole et féodale. Ce monde de l'an mille s'organisait autour des rapports entre vassal et seigneur; il était marqué par les luttes pour le pouvoir; ce qui, il faut le noter, était autant le fait des évêques et autres hommes d'église que des seigneurs laïcs.

Les changements de la société

La vie intellectuelle était conçue par l'Eglise en fonction du savoir qu'elle jugeait nécessaire au salut des hommes et de l'image qu'elle avait de son rôle. A cette époque, pour l'Eglise, il y a le "laïcus" et le "clericus": le premier est l'illettré, le second l'érudit. Cette seule distinction fait comprendre aisément que, pour l'époque, la culture savante était culture d'Eglise. Au Moyen-Age, le "clerc" est tout à la fois l'homme instruit et l'homme d'Eglise. Il est clerc en vertu du monopole que l'Eglise exerce sur la culture.

Mais, à l'encontre de cet état des choses, dès XIème siècle et surtout en Italie du nord et du centre, on assiste à des transformations de la société, dûes à l'essor des villes: les classes moyennes commencent à influer sur les formes de la propriété et sur le droit, sur l'Etat, sur l'art, sur le savoir.... C'est un bouleversement historique: de nouvelles classes sociales font leur apparition, avec leurs besoins moraux et spirituels et avec leur conception du monde et de la vie. En outre, le phénomène d'urbanisation s'accompagne de l'apparition dans les villes d'une population inorganisée et atomisée; masse d'individus non seulement pauvres mais qui ne peuvent trouver dans la société la moindre place. Leur fait défaut le soutien matériel et moral qu'offrent les groupes sociaux traditionnels. Ils sont prêts à répondre à toute création d'un modèle social nouveau.

La seule autorité qui fût universelle était celle de l'Eglise; mais elle était battue en brèche. Une civilisation qui voyait dans l'ascétisme le signe le plus sûr de la grâce, doutait forcément de la valeur d'une Eglise que "luxuria" et "avaritia" infectaient manifestement. L'attachement du clergé aux choses de ce monde ne pouvait que provoquer la désaffection des laïcs. Le clergé constitué en caste avait rompu et relâché les liens spirituels avec les fidèles. Alors que la langue vernaculaire, le "vulgaire", se parle de plus en plus, le clergé reste attaché au latin. L'Eglise bureaucratise son activité évangélique. La rupture devient inévitable entre l'institution et sa base.

C'est surtout l'Italie communale, en raison de son avance dans cette évolution, qui nourrit le plus ces forces contestataires qui vont devenir hérétiques. Cette Italie, précisément, où les luttes entre les évêques et les communes étaient continuelles (entre Guelfes et Gibelins), où l'agitation à l'encontre de la puissance économique et politique de l'Eglise étaient permanente et où l'air qu'on respirait était comme imprégné d'hostilité envers le clergé.

L'Italie communale était de plus le champ des luttes entre les deux institutions mondiales d'alors, l'Empire et la Papauté; et par l'activité marchande qui s'y développait le lieu de maints échanges avec l'étranger. Elle était donc le siège d'un grand brassage international d'hommes et d'idées, ce qui est fondamental pour la formation et la transformation des doctrines religieuses, comme d'ailleurs de toute la culture de l'époque...

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

 

Les premiers hérétiques:

"...Tous les prédicateurs itinérants qui se multiplient à partir de cette époque reprochent à leurs auditeurs de s'être écartés des commandements de l'évangile et les appellent à retrouver le mode de vie recommandé par les premiers apôtres. Ne sommes-nous pas devant une critique à peine déguisée du clergé, de l'Eglise et de la politique de l'Eglise?

Au même moment apparaît un autre mouvement , mais en France: le mouvement des Pauvres de Lyon. L'initiateur en est Pierre Valdo (1140-1206), d'où le nom de Vaudois donné à ce mouvement..."

 ...Or avaient-ils le droit à la prédication? Là fut le heurt avec la hiétrarchie ecclésiastique. Valdo lui même affirmait que sa vocation ne lui venait pas de l'Eglise mais du Seigneur. L'évangile l'interpellait directement, lui, le laïc, sans aucun besoin d'intermédiaire. La hiérarchie ecclésiastique ne pouvait tolérer une telle affirmation. Il en allait de son autorité et de son monopole en matière religieuse et dogmatique. D'où la condamnation de l'évêque de Lyon. Non seulement l'Eglise interdit aux pauvres de Lyon toute activité susceptible d'échapper à son contrôle mais Valdo et ses disciples furent explulsés de Lyon comme hérétiques.

A la même époque, enfin, se développe en Europe, et notamment dans le sud de la France, l'hérésie cathare...

Indiquons seulement dès à-présent qu'au moment où apparaît Valdo, l'hérésie cathare représentait déjà une menace réelle pour l'Eglise et prenait une grande ampleur. Aussi le pape Innocent III (1160-1216) lança-t-il toute une campagne contre les hérétiques, qui visait bien sûr tout autant les Vaudois que les Cathares (désignés dans le sud de la France par le terme d'Albigeois).

Pour Innocent III cette offensive contre les "hérésies" fut l'occasion de transformer la papauté en monarchie absolue. Dans sa vision des choses, la religion chrétienne n'est au service ni de l'autorité civile, ni du pouvoir civil; elle est elle-même le pouvoir suprême qui conditionne le pouvoir temporel. Innocent III ne faisait d'ailleurs que redire ce que l'Eglise avait toujours prétendu. Le quatrième Concile de Latran (1215), tenu après la première croisade contre les Albigeois, sanctionna donc toute dissidence, qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou culturel: l'hérésie devait être extirpée, anéantie par la force. Le Concile fit sienne la conception centralisatrice d'Innocent III; il lui accorda les instruments de contrôle en délibérant sur l'obligation de la confession annuelle et sur la structure des paroisses: de communauté de croyants qu'il était, le peuple se trouvait peu à peu transformé en une masse de sujets qui doivent obéissance.

La Papauté ayant réaffirmé son autorité et redéfini ses prérogatives en matière de défense de l'orthodoxie, la conséquence directe en fut bien sûr l'accroissement du nombre des idées tenues pour hérétiques

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

Saint François d'Assise et les Franciscains.

 Or, si étrange que cela puisse paraître, nous allons maintenant parler de saint François d'Assise. Pourquoi saint François? Si l'Eglise l'a canonisé, c'est bien qu'il ne pouvait être hérétique. Et pourtant ... le franciscanisme, les disciples de saint François, "i poverelli", ont constitué un phénomène à la limite de l'orthodoxie. Dans cette société médiévale, fondée essentiellement sur des structures ecclésiastiques, le franciscanisme représente une rupture culturelle vis-à-vis de la culture "officielle". La spiritualité franciscaine propose une nouvelle forme de culture pour répondre aux besoins de cette société profondément en crise.

 

Plus important encore: la langue de l'Eglise, nous l'avons vu, était le latin et tout son enseignement était donné en latin. Or le peuple ne le parlait plus et le comprenait encore moins. Il fallait trouver un autre moyen d'expression, il fallait tout simplement parler la langue du peuple. Saint François, bien qu'il prêchât la Sancta Ignorantia, et cela avec acharnement, en refusant toute forme de culture qu'il considérait comme une déviation, a tout de même été le fondateur ou, mieux, l'initiateur d'une nouvelle forme de culture. Traduisant son expérience ascétique et mystique dans une langue compréhensible au peuple, il encourage de nouveaux moyens d'expression qui permettent de véhiculer les aspirations religieuses du peuple, si éloigné de l'Eglise officielle. Il connaissait les textes sacrés: il a trouvé le moyen de les transmettre.

Où se situe, dans cette vaste production franciscaine, la frontière entre orthodoxie et hérésie? On peut soutenir que cette culture est orthodoxe vis-à-vis de la Bible, mais hérétique vis-à-vis de l'Eglise. La théologie diffusée par cette nouvelle culture "volgare" est fondée sur les Ecritures, elle en est la traduction dans un langage simple et proche des hommes. Mais, pour l'Eglise, elle est anti-hiérarchique, non structurée par l'autorité ecclésiastique et, par là-même, hérétique.

On peut alors s'interroger sur le sens du mots "hérésie" employés par l'Eglise à cette époque.

Ici, probablement, hérésie signifie avant tout deviation politique, subversion de l'ordre politique et social. Comme on va le voir, tous ces mouvements que nous avons évoqués, sauf les cathares, ne mettent en questions ni les dogmes, ni les fondements du Christianisme. Il ne demandent que de revenir à l'église primitive, à la première communauté chrétienne fondée sur la fraternité et l'égalité.

L'Eglise est en crise: la masse qu'elle asservit devient individus en quête de spiritualité et de réponses. Les hérésies du Moyen Age?... elles sont l'expression d'une crise de civilisation, elles traduisent la prise de conscience de l'individu. Tout est déjà en gestation pour préparer la grande réforme du XVIème siècle.

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

 L'hérésie cathare

"...le visage des Cathares est double.

D'une part celui d'une vie exemplaire, une vie ascétique et une vie de pauvreté, inspirée du modèle évangélique. Les Cathares vont par le monde, en essayant de soulager la misère humaine, en apportant le réconfort spirituel et en prêchant le salut en Jésus-Christ.

Mais d'autre part un visage d'hérétiques. Car leur manière de vivre s'appuyait sur une théologie en opposition radicale avec celle de l'Eglise régnante; une théologie qui par bien des aspects semblait une résurgence de ces hérésies anciennes que l'Eglise avait tellement combattues.

Quelques repères

Contrairement à une opinion anciennement répandue, il ne semble pas que le Catharisme ait grand-chose à voir avec le manichéisme. Il présente en fait toutes les caractéristiques d'un christianisme médiéval, marqué d'une exigence évangélique stricte. Dès l'an mille ou peu après, on en repère des traces dans toute l'Europe. Apparemment, le Catharisme s'est situé au sein de cet immense mouvement d'anticléricalisme populaire dont on vient de parler...

Mais les "Cathares", pour ce qui les concerne, apparaissent comme une véritable contre-Eglise organisée, concurrente de l'Eglise romaine. La chrétienté grecque les appelait "Bogomiles" (aimés de Dieu); l'occident latin les nomme de diverses façons pour retenir finalement ce terme de "Cathares". Eux-mêmes ne se désignaient pas autrement que "Chrétiens".

Dès le 11ème siècle, peu après l'an mille, on les voit apparaître en occident. Selon des chroniqueurs de l'époque, le monde serait en proie à de dangereux agents du mal, des faux prophètes, des hérétiques.... En fait l'examen des documents montre plutôt qu'il s'agit communautés de clercs, moines et laïcs, dissidents, qui réclament un retour aux sources. Mais ces tendances sont tout de suite réprimées. Les documents signalent des bûchers à Orléans, à Toulouse, en Lombardie, en Champagne ....

Au 12ème siècle l' "hérésie" semble avoir fortement progressé et s'être plus solidement établie. L'Eglise romaine s'en inquiète...

Le catharisme apparaît fondamentalement comme une hérésie portant sur la nature du Christ (du type des hérésies anciennes: docétisme, monophysisme etc..

 Les Cathares prétendent donc constituer la vraie Eglise du Christ et des apôtres, réfutent les prétentions de l'Eglise romaine et rejettent toutes les adjonctions humaines et institutionnelles faites à l'Eglise primitive des apôtres...

En ce qui concerne les sacrements, les cathares rejettent l'eucharistie, par docétisme (nature uniquement spirituelle du Christ) et du fait de leur conception du Christ comme messager de la Bonne Nouvelle. Ils pratiquent par ailleurs un rite de bénédiction du pain, en mémoire de la dernière Cène et un rite de récitation du Pater. Enfin ils pratiquent un unique sacrement du salut, la baptême de l'Esprit, par imposition des mains (Le Consolamentum) fondé sur les Ecritures et revendiqué comme hérité en droite ligne des apôtres.

 D'où une organisation ecclésiale très particulière, sur le mode de l'Eglise primitive, dans le but de diffuser la Bonne Nouvelle et de sauver les âmes. Evervin de Steinfeld fait état de trois degrés parmi les "hérétiques": les auditeurs, les croyants et les élus avec double stade de baptême et d'ordination, comme chez les Bogomiles. Les "élus", ou "chrétiens" (qui peuvent être des hommes ou des femmes), jouent un rôle pastoral et sacerdotal. A leur tête un évêque, qui a le pouvoir d'ordonner.

On est ainsi en présence d'un ordre religieux mixte, avec prononciation de voeux, mais vivant et opérant dans le siècle. Les "Chrétiens" cathares sont des religieux à la fois réguliers et séculiers.

C'est certainement cette reprise d'héresies anciennes sur la nature du Christ qui leur valut l'hostilité violente et la condamnation de l'Eglise et les persécutions qui s'ensuivirent, beaucoup plus que le dualisme proprement dit, dont on a pu dire que, dans une certaine mesure, il était familier aux esprits du Moyen-Age qui voyaient facilement le Diable partout..

C'est vers la fin du 12ème siècle que le Catharisme semble avoir atteint son extension maximum (c'est-à-dire au temps de Louis VII, Philippe-Auguste et des Plantagenêt).

Les Cathares se recrutaient dans tous les milieux de la population et notamment dans les milieux de l'Eglise. Il s'agit bien souvent de clercs, moines ou autres, dont les convictions non orthodoxes étaient plus ou moins cachées. C'est ainsi qu'en 1017 déjà, les autorités découvrent des Cathares à Orléans: c'étaient des chanoines de la cathédrale. Ils furent brûlés vifs...

 Cela dit, où trouve-t-on les Cathares? On les trouve de Constantinople à Toulouse, de Cologne à Florence, autrement dit dans les pays rhénans, dans plusieurs régions de France et en Italie, sans parler des Bogomiles, répandus dans une partie des Balkans (notamment en Bulgarie)...

En occident, néanmoins, les terres cathares par excellence furent l'Italie et surtout l'Occitanie (le sud de la France), dans laquelle le Catharisme apparaît clairement comme l'un des aspects de la civilisation occitane alors en plein épanouissement...

Ces "Parfaits" étaient connus des populations par la charité qu'ils exercaient et par l'exemplarité de leur vie. Ils avaient renoncé à tout bien et vivaient dans des maisons communes, au sein des agglomérations. Il s'agissait donc de religieux vivant pleinement dans le siècle et pour lesquels le travail apostolique passait avant toutes choses...

...étaient-ils donc des Chrétiens?

Il ne fait pas de doute que, pour la majorité des chrétiens, et surtout les responsables des Eglises, la réponse fut négative...

...Pour l'historien, le regard doit être différent. On a pris conscience que la plupart des documents au travers desquels on avait jugé les Cathares émanaient seulement de leurs adversaires. D'autres documents, émanant des Cathares eux-mêmes, ont été mis à jour. Une réflexion plus sereine tend aujourd'hui à montrer que les Cathares participaient pleinement à l'univers de la Chrétienté médiévale et que leur culture était essentiellement fondée sur les Ecritures chrétiennes Les Cathares, d'ailleurs, comme on l'a dit, ne se désignaient pas autrement que comme "Chrétiens"...

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

 VOIR AUSSI:

http://www.histoire-france.net/moyen/cathares

 

 Les Vaudois...

A l'inverse de l'hérésie cathare, l'hérésie vaudoise est la seule hérésie du Moyen Age qui ait survécu. Lors de la Réforme de Luther et Calvin, les Vaudois ont en effet transformé leur mouvement en Eglise Réformée. Cette adhésion à la Réforme leur évita se faire absorber, ou anéantir, par l'Eglise romaine, comme ce fut le cas pour tous les autres mouvements hérétiques du Moyen Age. Aujourd'hui les Vaudois existent en tant que protestants italiens, bien qu'ils aient conservé toutes leurs spécificités...

On a dit plus haut que le mouvement vaudois avait pour initiateur Pierre Valdo. De ce dernier on sait peu de choses. Sa famille serait originaire du Canton de Vaud, d'où ce nom de Valdo. Lui-même serait né à Lyon vers 1140 et s'y serait ensuite installé comme commerçant, en raison de l'importante activité de la ville. Il se serait très vite enrichi.

La légende veut qu'il ait alors eu une révélation qui lui fit tout abandonner, biens et famille, pour se consacrer à Dieu suivant les verset de Mathieu XIX, 21 "Si tu veux être parfait, va vendre tout ce que tu possèdes et donne l'argent aux pauvres, alors tu auras des richesses dans les cieux; puis viens et suis-moi". La quête de Valdo allait d'ailleurs encore plus loin: il voulait lire lui-même les textes sacrés et demanda à son amis Etienne d'Anse de lui traduire les Evangiles, ainsi que quelques textes de l'Ancien Testament.

Pierre Valdo se met alors à prêcher l'Evangile dans les rues et sur les places de Lyon. Il fait de nombreux disciples. Il n'hésite pas à s'adresser aux femmes. Comme on l'a dit, tout cela indispose fortement l'Eglise. Il est donc condamné par l'évêque de Lyon, ainsi que ses disciples...

Ces hommes et ces femmes proviennent de tous les milieux sociaux, ils exercent chacun une activité dans la ville; des marchands, des artisans pleins d'initiative, des ecclésiastiques même semblent avoir participé à cette recherche de vie communautaire.

Tous ressentaient profondément la crise de leur société et leur méditation de l'évangile les avait rendus attentifs à la misère morale et spirituelle, tout autant que matérielle, qui les entourait. Le problème que ces "Pauvres de Lyon" soulèvent dans l'église du XIIe siècle va donc sensiblement plus loin que celui posé par les "Pauvres de Milan", les Patarins. En plus de leur recherche de pauvreté et de vie chrétienne communautaire, ils soulèvent la question de la prédication de l'évangile. Des temps nouveaux sont à la porte d'où naîtra une société nouvelle..

En soi, cela ne constituait pas un mouvement révolutionnaire. Mais le précepte de pauvreté volontaire, les préceptes évangéliques que Valdo défendait dépassaient le cadre strictement personnel et recouvraient un problème social qui pouvait avoir des répercussions politiques imprévisibles, en raison de l'interpénétration du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel.

Les Vaudois furent donc, comme on l'a dit, condamnés par l'évêque de Lyon en 1177. Ils furent chassés de la ville. Deux ans plus tard, après le troisième concile de Latran (1179 - Pape Alexandre III), ils figuraient dans la liste des mouvements hérétiques, considérés comme tels non seulement à cause de leurs erreurs, mais surtout en tant que rebelles à l'Eglise et à la société...

Chassés de Lyon, et de France, ils trouvent alors refuge en Italie. Ils s'installent dans le Milanais où ils rencontrent les Patarins, les pauvres de Milan. Comme ces derniers, les Vaudois incarnent ce besoin de liberté qui s'exprime par la revendication d'une foi plus responsable, plus personnelle, plus intériorisée...

D'autres Vaudois, il faut le noter aussi, se réfugièrent dans le Lubéron et dans les Alpes du Briançonnais: les Alpes, en effet, était à l'époque une région mal délimitée et peu peuplée, formant comme un bastion, ce qui permit à certains Vaudois de s'y installer...

Dans cette nouvelle situation, la lutte contre les pouvoirs allait devoir continuer.

En 1194 Alphonse d'Aragon publie un édit contre les Vaudois et son fils Pierre II le Catholique prononce leur exclusion de ses terre. Pour lui les Vaudois "sont les violeurs de la foi chrétienne et nos ennemis". Dans le même temps commence la lutte contre les Cathares (1208: première croisade contre les Albigeois). Mais il était certes plus facile frapper un mouvement comme les Vaudois, qui socialement recrutait ses adhérents parmi les petits commerçants et les artisans, que les Cathares, qui avaient, en Occitanie, l'appui de la classe dirigeante féodale et d'une puissante bourgeoisie.,,

Mais, dès 1210, l'empereur Othon IV avait signé un édit contre les Vaudois du diocèse de Turin. Et un siècle plus tard eut lieu à Pignerol le premier bûcher vaudois. Ainsi pourchassés, les Vaudois se dispersent dans toute l'Europe. Ils entrent en relations avec les Hussites. Ils se sentent moins isolés et reprennennt leurs pérégrinations pour prêcher la parole.

Néanmoins, les régions d'élection des Vaudois restent les hautes vallées du Piémont...

Quant à la permanence ultérieure des Vaudois dans ces vallées, elle traduit vraisemblablement la résistance d'une société de montagnards, encore enfermés dans leurs traditions patriarcales, face à l'avidité des seigneurs féodeaux. L'esprit de solidarité entre ces montagnards se concrétisa juridiquement en de solides privilèges, processus d'émancipation qui se confond avec l'adhésion au valdéisme. La séparation vaudois/catholiques correspond ainsi à la division entre la classe paysanne et celle des seigneurs...

Le ralliement à la Réforme

La révolution hussite de 1415 offre à la doctrine vaudoise une première occasion de développement et d'approfondissement. Un siècle plus tard, Luther soulève à son tour le problème de la réforme intérieure de l'Eglise. Le monde vaudois n'hésite pas alors à accorder sa pleine adhésion à la lutte que mène Luther. Les barbes (les "anciens" chez les vaudois) lisent les livres des nouveaux théologiens et les font circuler. Le chapitre général vaudois réuni à Laux dans le Val Cluson en 1526, décide d'envoyer une délégation au nord des Alpes pour mieux apprécier la situation. On délègue Martin Gonin d'Angrogne qui rencontre Guillaume Farel. Un peu plus tard, le Chapitre de Mérindol en Provence, en 1530, décide cette fois d'envoyer Farel dans les vallées vaudoises afin d'arriver à un accord sur divers points théologiques. Les Réformateurs voudraient que les Vaudois abandonnent tout ce qui, dans leur mouvement, relève de la clandestinité...

Enfin, en 1532, du 12 au 18 septembre, se tient à Angrogne le Synode de Chanforan où sont présents tous les représentants vaudois et Farel. L'importance de la Bible y fut confirmée; seuls le baptême et la Sainte Cène sont reconnus comme sacrements; le ministère des barbes cesse d'être itinérant, ils ont dorénavant à s'occuper d'une communauté locale..

En effet, l'organisation des vaudois n'avait pas changé depuis trois siècles, une fois adaptée à une existence clandestine. Le "nicodémisme" continuait d'en être le trait typique: la communauté faisait semblant de vivre au sein de l'Eglise catholique. Chanforan confirma la transformation de ce qui avait été un mouvement de contestaion évangélique en une institution ecclésiastique qui - tout en restant culturellement en rupture avec l'Eglise romaine - était respectueuse des lois qui réglaient la vie en société.

Avec le synode de Chanforan s'effacèrent donc les derniers vestiges du Valdéisme médiéval, en particulier la prédication itinérante. Dans les Alpes, le Valdéisme forma une Eglise constituée et adopta le système presbyterien. Mais, ainsi transformé, le mouvement vaudois devint de plus en plus étranger au milieu italien. Repliée sur elle-même dans son refuge alpin, l'Eglise vaudoise allait renforcer ses contacts avec ses nouveaux alliés réformés de l'autre côté des Alpes...

Tiré de: http://www.erf-auteuil.org/conferences/dissidences-en-chretiente-au-moyen-age.html

VOIR AUSSI:

http://www.info-bible.org/histoire/vaudois/index.htm

http://www.info-bible.org/livres/Histoire.Eglise.Vaudoise.1/index.htm

http://www.info-bible.org/livres/Histoire.Eglise.Vaudoise.2/index.htm

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Inquisition

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9r%C3%A9sie#Christianisme (hérésies)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Liste_interreligieuse_des_h%C3%A9r%C3%A9sies (hérésies)

 


 

III- LA RÉFORME

 

La réforme protestante, également appelée « la Réforme », amorcée au XVIe siècle, est une volonté d'un retour aux sources du christianisme et aussi, par extension, un besoin de considérer la religion et la vie sociale d'une autre manière. Elle reflète l'angoisse des âmes[1], par la question du salut, centrale dans la réflexion des réformateurs, qui dénoncent la corruption de toute la société engendrée par le commerce des indulgences. Les réformateurs profitent de l'essor de l'imprimerie pour faire circuler la Bible en langues vulgaires (notamment l'allemand après la première traduction réalisée par Martin Luther), et montrent qu'elle ne fait mention ni des saints, ni du culte de la Vierge, ni du Purgatoire. La référence à la Bible comme norme est néanmoins une des principales motivations des réformateurs. Ce principe, Sola scriptura, les guidera.

Commencée le 31 octobre 1517, par Martin Luther, alors moine catholique, dans le Saint-Empire et Ulrich Zwingli à Zurich, puis Martin Bucer à Strasbourg et plus tard Jean Calvin à Paris et Genève, la Réforme touche la majeure partie de l'Europe du Nord-Ouest. Les tentatives de conciliation ayant échoué, elle aboutit à une scission entre l'Église catholique romaine et les Églises protestantes. La Contre-Réforme catholique engagée à l'issue du concile de Trente ne permet à l'Église catholique qu'une reconquête partielle des populations passées au protestantisme.

L'adoption de la Réforme a aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face à un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. La Réforme se traduit donc au XVIe siècle par de nombreux conflits, entre l'empereur Habsbourg et les princes allemands mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse.

Tiré de: https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_protestante

 VOIR AUSSI:

http://www.histoire-france.net/temps/reforme

https://www.bible-ouverte.ch/messages/series-etudes-bibliques/83-les-reformateurs.html

http://www.epub-namur.be/flash/namur_2008_plaquette.pdf (réformation)

https://www.gotquestions.org/Francais/Reforme-protestante.html

https://www.philisto.fr/cours-30-reforme-et-contre-reforme.html

https://www.museeprotestant.org/notice/la-reforme-lutherienne/

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=151&ID_dossier=207

https://viedesprit.wordpress.com/2015/04/13/la-reforme-et-les-reformes/

http://histoiredeschretiens.over-blog.com/article-la-reforme-lutherienne-39028157.html


 

IV- LA CONTRE RÉFORME

 

La Contre-Réforme est le mouvement par lequel l'Église catholique romaine réagit, dans le courant du XVIe siècle, face à la Réforme protestante. L'expression provient de l'historiographie allemande du XIXe siècle et est employée dans un esprit polémique. Une partie des historiens actuels la distinguent du terme de Réforme catholique et ne l'emploient plus en historiographie, car ils estiment que le terme de « Contre-Réforme » limite la Réforme catholique à un simple processus de réaction face au protestantisme alors qu'elle est bien plus profonde[1].

La Contre-Réforme a lieu dans le cadre d’une vaste aspiration à la réforme et au renouveau religieux qui traverse l'Occident chrétien depuis le XVe siècle. Elle répond en partie aux objectifs de l'Église catholique visant à faire reculer et disparaître le protestantisme[2]. Elle permet de doter l'Église catholique des outils spirituels et matériels pour amorcer une reconquête partielle des régions acquises aux différentes Églises protestantes et amorcer une renaissance religieuse. Les oppositions postérieures au protestantisme se définissent dans le cadre de l'antiprotestantisme.

Tiré de: https://fr.wikipedia.org/wiki/Contre-R%C3%A9forme

VOIR AUSSI:

http://autourdelhistoire.blog.lemonde.fr/2016/11/16/la-contre-reforme-catholique/

https://www.museeprotestant.org/notice/la-reforme-catholique-ou-contre-reforme/

 http://histoiredeschretiens.over-blog.com/article-la-contre-reforme-catholique-les-jesuites-41652587.html#jesuites

 http://www.laculturegenerale.com/contre-reforme-catholique-definition/#A_la_racine_de_la_Contre-Reforme_la_crise_de_lEglise

 https://theotex.org/reformation_16_audio.html

 https://theotex.org/perl/theotex_pgsvg.pl?bk=merle_reformation_seizieme_1_2#top

 https://theotex.org/perl/theotex_pgsvg.pl?bk=merle_reformation_seizieme_3_4#top


 

 

L'Église et la Renaissance du XIIe siècle

LA RENAISSANCE AU XIIe SIÈCLE

..." La réforme religieuse

..."La vie religieuse et la vie culturelle sont indissociables au Moyen Âge[55]. La réforme parfois dite « grégorienne » débute vers le milieu du XIe siècle, bien avant le pontificat de Grégoire VII proprement dit (1073-1085), et se prolonge jusqu'au concile de Latran IV (1215) dont l'œuvre législative est une conclusion symbolique[56]. Cette réforme profonde a des implications culturelles certaines, en particulier en ce qui concerne la culture savante et l'institution scolaire qu'elle maintient sous son contrôle.

Article connexe : Réforme grégorienne.

L'émancipation pontificale

Le premier aspect de la réforme ecclésiastique est l'affirmation par la papauté de son indépendance (la libertas ecclesiae) vis-à-vis des pouvoirs laïcs : la querelle des investitures est ainsi réglée par le décret de 1059 sur l'élection pontificale, et par les Dictatus papæ de Grégoire le Grand en 1075, qui affirment l'interdiction formelle des investitures laïques[57]. Ce principe d'interdiction du césaropapisme n'est en fait globalement appliqué que progressivement, notamment après le concile de Latran I en 1123, et même plus tard dans certaines régions (milieu du XIIe siècle en France, application incomplète en Angleterre)[58].

Article détaillé : Querelle des investitures.

Mais cette indépendance n'est qu'un aspect du programme, dont le but est l'épuration de l'Église gravement corrompue par les excès de la simonie, du mariage et de l'incontinence des prêtres : l'indépendance est un préalable pour imposer une réforme qui ne se conçoit que centralisée[59]. Cette centralisation se traduit par l'affirmation de la plenitudo potestatis, l'autorité souveraine de la papauté sur l'Église, qui s'appuie sur le droit canon : l'action pontificale est relayée par tous les conciles, les légats et les ordres exempts. Les litiges locaux trouvent désormais en l'appel à Rome une voie de recours normale, ce qui permet à la papauté de multiplier les interventions[60].

La réforme pontificale est encore en cours au XIIe siècle, et le pouvoir pontifical ne connaît son apogée qu'à partir d'Innocent III[61]. L'impact de celle-ci sur la sphère ecclésiastique est donc énorme. Tous les domaines de l'institution religieuse sont touchés par le mouvement de réforme. De plus, même si la papauté est à l'origine d'importantes mesures institutionnelles de Nicolas II à Innocent III, ce sont les relais locaux qui permettent à la réforme et à la libertas ecclesiae de s'imposer en profondeur : évêques et chanoines reprenant le message pontifical rapporté par les légats lors de leurs tournées, princes laïcs de bonne volonté[60].

Les évêques et leur entourage

Le profond renouvellement du clergé, et notamment du haut clergé, est l'une des réalisations majeures de la réforme : au niveau de la formation, des mœurs, de l'action pastorale et administrative[N 13]. Les évêques sont en effet désormais de plus en plus éduqués, au moins en ce qui concerne la grammaire, la lecture de la Bible et l'initiation au droit canon[62], et se conforment de mieux en mieux à un type idéal illustré notamment par le portrait dressé par saint Bernard[63]. Aussi, dans l'exercice de leur fonction, les évêques entretiennent-ils généralement une école et un juge[N 14]. Ils se font aussi les défenseurs tenaces des libertés de l'Église, la résistance de Thomas Becket et son martyre en étant l'exemple le plus illustre.

Avec ces efforts, l'entourage des évêques se transforme aussi. Les chapitres cathédraux reviennent à une vie régulière (souvent abandonnée après l'ère carolingienne) dès le XIe siècle[64], et suivent l'ancienne Règle d'Aix (ordo antiquus) ou bien la Règle de saint Augustin (ordo novus)[N 15]. Dans les deux cas, les chanoines reviennent à la vie en commun, et l'appropriation des revenus de la mense canoniale est interdite. Ces chapitres développent enfin de plus en plus une activité culturelle, tenant une bibliothèque, et s'occupant généralement de l'école cathédrale sous la direction d'un écolâtre issu des chanoines[62]. Enfin, il faut mentionner l'innovation majeure que constitue la fondation de chapitres collégiaux indépendants comme Saint-Victor de Paris ou l'ordre prémontré[65].

 

Enfin les évêques prennent l'habitude d'entretenir un autre entourage, notamment pour échapper aux oppositions avec le chapitre, alors courantes. Cette cour de proches, la familia de l'évêque, compte fréquemment des lettrés et des juristes auxquels sont dévolues certaines fonctions précises (chancellerie et tribunal épiscopaux, rédaction des Gesta des évêques locaux). Ce type de cour se multiplie à petite échelle, et certains des plus éminents représentants de la culture lettrée du siècle y passent une grande partie de leur vie (Jean de Salisbury, Adélard de Bath).

Le monde monastique et régulier

La fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle voient une poussée exceptionnelle du monde monastique, à travers de nouvelles formes qui prennent le relais du cénobitisme clunisien, et mettent en œuvre un idéal de vie apostolique (vita apostolica) « associant les exigences de pauvreté extrême, de pénitence, de spiritualité intense et de prédication itinérante »[66]. Les premières manifestations de ce véritable « revival monastique » selon les mots de Jacques Verger[67] sont les communautés érémitiques de l'ouest de la France, en particulier les Chartreux disciples de saint Bruno, qui combinent isolement et vie commune dans une grande sévérité, et une spiritualité teintée de mysticisme. Les chartreuses se multiplient bientôt, comme en Italie, créant un ordre original dont s'inspirent d'autres ordres comme celui de Grandmont fondé par Étienne de Thiers, celui de Fontevraud fondé par Robert d'Arbrissel, ou, en Italie, à Camaldoli, Vallombrosa et Cava

Cîteaux et saint Bernard

Mais l'ordre qui prend véritablement la suite de Cluny en ce qui concerne le prestige et l'influence est incontestablement Cîteaux[69],[68]. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, qui n'y reste qu'un an (1098-1099), l'abbaye de Cîteaux prend son essor sous Aubry (1099-1108) et Étienne Harding (1108-1133), qui l'orientent vers le retour au strict monachisme communautaire bénédictin, en opposition donc au modèle clunisien : alors même que Cluny achève sa nouvelle et fastueuse église abbatiale (« Cluny III »), symbole d'un ordre riche, hiérarchisé et dont les splendeurs accompagnent un assouplissement de la Règle, Cîteaux affirme non loin de là son modèle d'austérité et de pénitence. Parmi les différences majeures, on note en particulier à Cîteaux l'obligation du travail manuel et le rejet formel (confirmé par la Charte de charité d'Étienne Harding) de l'exploitation des domaines par des tenanciers laïcs (des convers, vivant à part, leur sont préférés), de la perception de dîmes et de la possession de paroisses, la soumission à l'autorité des évêques, et une moindre centralisation[68],[69].

Article détaillé : Ordre cistercien.

Comme Cluny, ces différents ordres, dont Cîteaux, n'ont d'abord pas de vocation intellectuelle : on ne trouve pas d'école dans les monastères, et les disciplines profanes en sont bannies. Mais cela change rapidement, conséquence notamment de l'éducation de la plupart des fondateurs de nouveaux ordres, eux-mêmes passés par des écoles monastiques ou cathédrales[68]. Les Cisterciens entretiennent bientôt des scriptoria et de riches bibliothèques au contenu centré sur la Bible et les Pères, encouragent la lecture chez les moines, et forment certains lettrés dont les écrits spirituels ou théologiques de première importance mettent les ressources des arts libéraux au service de l'idéal monastique.

Le plus connu est évidemment Bernard de Clairvaux (1091-1153), figure originale et contradictoire, « chimère de [son] siècle » selon ses propres mots[70], produit des écoles et de l'enseignement classique[N 16] et, dans le même temps, opposant radical à la théologie moderne des dialecticiens Abélard ou Gilbert de la Porrée[N 17]. Entré à Cîteaux en 1112, Bernard est consacré abbé de Clairvaux dès 1115, et le demeure jusqu'à sa mort en 1153. Son influence dans l'expansion de l'ordre est décisive : organisateur acharné, il fonde soixante-huit monastères dépendant de Cîteaux, et est ainsi le véritable instigateur de l'ordre cistercien qui compte trois cents abbayes à sa mort[69]. Farouchement attaché à l'idéal clunisien de pénitence, il est pourtant en permanence distrait de son abbatiat, intervenant dans le siècle, comme conseiller auprès des princes et des papes, comme arbitre de conflits ou comme prédicateur populaire à l'occasion de la croisade ou contre les cathares.

Hormis Bernard, on peut citer Guillaume de Saint-Thierry (✝1148), proche de saint Bernard, Aelred de Rievaulx (✝1166), Isaac de l'Étoile (✝1169), Alcher de Clairvaux, ou encore Joachim de Flore (✝1202) dont la division de l'histoire de l'humanité en trois âges (dont le dernier, celui du Saint-Esprit, est proche) exercera une forte séduction sur le siècle suivant, notamment sur les franciscains[71].

 

Le rôle culturel de l'ordre devient de plus en plus important et, même sans écoles, les Cisterciens, en plus de réalisations artistiques et notamment architecturales liées à l'extension de l'ordre[N 18], font preuve d'une activité soutenue de copie et d'achat de manuscrits, de production et de diffusion de textes spirituels et exégétiques. Ceci est notamment permis par le recrutement d'anciens étudiants comme Évrard d'Ypres ou Hélinand de Froidmont[68]. Les manuscrits produits à l'époque de Bernard tranchent avec ceux du temps et même avec les premières réalisations cisterciennes comme la Bible d'Étienne Harding[72]. La Bible dite de Bernard[73] et la Grande Bible de Clairvaux[74] sont deux étapes vers un style épuré : dans la dernière, toute représentation figurative disparaît, le texte s'offre nu et les lettrines sont enjolivées subtilement en camaïeu unicolore[75].

Article connexe : Art cistercien.
Des courants originaux

Cette évolution culturelle rapproche les Cisterciens du courant canonial, en effet on compte parmi les innovations de la période la fondation d'ordres canoniaux indépendants dont les premiers datent du XIe siècle, mais dont les plus importants sont fondés au début du XIIe siècle et jouent un rôle majeur dans la renaissance culturelle. Saint-Victor de Paris est ainsi fondé par Guillaume de Champeaux en 1108, et Hugues de Saint-Victor est le plus brillant représentant de ce foyer d'études, qui fait une véritable concurrence à l'école cathédrale de Notre-Dame[76]. L'ordre de Prémontré est quant à lui fondé en 1122 par Norbert de Xanten. On peut également mentionner Saint-Ruf, près d'Avignon, dont le rôle dans le renouveau de l'enseignement juridique dans le midi est à souligner[77].

Enfin, le renouveau monastique du XIIe siècle comprend également la création très originale que constituent les ordres militaires : la confrérie des Templiers fondée en 1119, celle des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fondée en 1050, ainsi que celle plus tardive des Chevaliers teutoniques, fondée à la fin du siècle. Les Templiers en particulier sont soutenus par Cîteaux, et Bernard rédige en grande partie leur règle reçue au concile de Troyes de 1129[78], ainsi qu'un éloge appuyé en leur faveur[79]. Les questions intellectuelles sont très éloignées de la vocation de ces trois ordres.

La vie religieuse des laïcs

Mal connue, la vie religieuse des laïcs est cependant elle aussi touchée par la réforme, qui vise notamment à l'encadrer plus précisément, comme par les sacrements qui suscitent la réflexion des théologiens et canonistes, en particulier le mariage et la pénitence (confession)[80],[N 19]. Des évolutions qui participent, selon les mots du père Chenu, à « l'éveil de la conscience » au Moyen Âge[81].

Les questions culturelles ne sont pas étrangères aux laïcs. La réforme réhabilite en effet la prédication, et certains fidèles passent par les écoles : laicus n'est plus un synonyme d’illiteratus. On peut y ajouter l'impact de l'art religieux (décors peints et sculptés) sur les laïcs, difficile à évaluer[80]. L'Église se préoccupe aussi de l'édification de l'aristocratie, notamment de la chevalerie[45], ce qu'illustre l'apparition des ordres militaires[82], dont saint Bernard se fait le chantre[79].

Il ne faudrait pas cependant omettre de mentionner les importantes résistances à ces cadres nouveaux, qui suscitent différentes hérésies plus ou moins élaborées, essentiellement après 1140. Le valdéisme d'abord, qui réclame la traduction de l'Évangile en vernaculaire et le droit des laïcs à prêcher, puis l'hérésie cathare sans doute d'origine orientale mais qui se nourrit aussi du refus de l'autoritarisme de l'Église établie[80]. La curiosité pour l'Écriture parfois manifestée dans ces mouvements fondamentalement populaires les fait parfois rapprocher de l'esprit scolaire[83]. À l'inverse le phénomène hérétique a souvent nourri la réflexion des théologiens, dans un double esprit de réfutation et d'explicitation de la doctrine, comme avec le De fide catholica contra haereticos sui temporis d'Alain de Lille,,,"

 Tiré de:https://fr.wikipedia.org/wiki/Renaissance_du_XIIe_si%C3%A8cle

 

VOIR AUSSI:

 http://ilmsil.free.fr/branche6/les_grandes_religions/626Protestantisme/Pro1Leglisealarenaissance.htm

 http://www.histoire-france.net/temps/renaissance