Les généalogies dans la Bible

..." En premier lieu, nous apprenons que les généalogies ne sont pas destinées à être utilisé comme chronologie. A première vue, celui qui lit Genèse chapitre cinq pourrait penser qu’il a seulement besoin d’additionner les nombres contenus la, pour établir l’age de la civilisation sur la terre. James Ussher, par exemple, arrive à la date de 4004 Av. J.C. pour les évènements de Genèse Chapitre 1.L’énumération des noms n’implique pas nécessairement l’assurance d’une succession continue.Souvent des noms étaient omis et les listes généalogiques étaient sélectives.L’expression « a eu pour fils » n’implique pas toujours parenté directe. Matthieu 1:8 dit que « Yoram eut pour descendant Ozias », mais dans le Vieux Testament (2 Kings 8:25 ; 11:2 ; 14:1, 21) nous apprenons que Yoram était le père de Ahazia, qui a eu Joas, père de Amatsia, père d’Azaria. Ainsi « a eu pour » peut vouloir dire « a reçu la ligne qui finit par. » Comme Kitchen dit, « les termes comme « fils » et « père » peuvent non seulement dire « (petit) fils » et « (grand)père », mais aussi « descendant » et « ancêtre » respectivement. »

L’organisation des généalogies dans un ordre net et propre suggère aussi quelque chose d’autre qu’un indicateur chronologique. La généalogie de Christ de Matthieu, par exemple (Matthieu 1:1-17) est arrangée en 3 successions de 14 générations chacune. Et cette généalogie est reconnue être sélective.Les nombres dans les généalogies de l’ancien Proche-Orient étaient normalement d’importance secondaire. Le but primaire était d’établir l’identité de la famille de quelqu’un, les racines de quelqu’un. Nulle part dans la Bible ou ailleurs, les nombres ont été supposés être additionnés pour établir une sorte de chronologie. Quelques fois les nombres d’un récit sont différents de ceux d’un autre. Bien qu’il y ait beaucoup d’explications pour ceci, une est que ces nombres ont été donnés seulement à titre approximatif. Des nombres exacts ne servent pas le but de la généalogie. Bien que nous n’osions pas dire que ces nombres ne sont pas littéraux, nous faisons simplement remarquer la façon dont ces nombres sont utilisés dans l’ancien Proche-Orient..."

Tiré de: https://bible.org/seriespage/s%E2%80%99attaquer-aux-g%C3%A9n%C3%A9alogies-gen%C3%A8se-51-32

 

 (descendance d'Adam jusqu'à Noé)

Généalogie de Moïse et d'Aaron (Exode 6.14-30)

 
14 Voici leurs chefs de famille. Fils de Ruben, le fils aîné d'Israël: Hénoc, Pallu, Hetsron et Carmi. Tels sont les clans de Ruben.
15 Fils de Siméon: Jemuel, Jamin, Ohad, Jakin et Tsochar, ainsi que Saül, le fils de la Cananéenne. Tels sont les clans de Siméon.
16 Voici les noms des fils de Lévi en fonction de leur lignée: Guershon, Kehath et Merari. Lévi vécut 137 ans.
17 Fils de Guershon: Libni et Shimeï et leurs clans.
18 Fils de Kehath: Amram, Jitsehar, Hébron et Uziel. Kehath vécut 133 ans. 19 Fils de Merari: Machli et Mushi. Tels sont les clans de Lévi en fonction de leur lignée.
20 Amram prit pour femme sa tante Jokébed, et elle lui donna pour fils Aaron et Moïse. Amram vécut 137 ans.
21 Fils de Jitsehar: Koré, Népheg et Zicri. 22 Fils d'Uziel: Mishaël, Eltsaphan et Sithri. 23 Aaron prit pour femme Elishéba, fille d'Amminadab et soeur de Nachshon, et elle lui donna pour fils Nadab, Abihu, Eléazar et Ithamar. 24 Fils de Koré: Assir, Elkana et Abiasaph. Tels sont les clans des Koréites. 25 Eléazar, fils d'Aaron, prit pour femme une des filles de Puthiel, et elle lui donna pour fils Phinées. Tels sont les chefs de famille des Lévites avec leurs clans.
26 C'est à cet Aaron et ce Moïse que l'Eternel dit: «Faites sortir les Israélites d'Egypte en corps d'armée.»
27 Ce sont eux qui parlèrent au pharaon, au roi d'Egypte, pour faire sortir les Israélites d'Egypte. Il s'agit de ce Moïse-là et de cet Aaron-là. 28 Lorsque l'Eternel parla à Moïse en Egypte,
29 il lui dit: «Je suis l'Eternel. Répète au pharaon, au roi d'Egypte, tout ce que je te dis.»
30 Moïse répondit en présence de l'Eternel: «Je n'ai pas la parole facile. Comment le pharaon m'écouterait-il?»

Segond 21 Copyright © 2007 - 2018 Société Biblique de Genève

Tiré de: https://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/exode/6.14-30/

 

Les deux généalogies de Jésus

 

"...Quel rôle... jouent-elles dans la Bible ?

Les listes généalogiques – les toledot, en hébreu – sont un genre littéraire courant dans la Bible. Elles sont en quelque sorte la carte d’identité de l’Orient ancien. Plus que l’exactitude des noms qui les composent, importe leur rôle dans le récit où elles sont insérées. 

Elles servent en particulier à inscrire l’individu dans un réseau de relations, de parenté et à le situer dans une période structurée de l’histoire, souligne le pasteur Élian Cuvillier (1), professeur d’exégèse à la Faculté de théologie protestante de Montpellier. La généalogie indique ainsi que commence une période importante. Après le retour d’exil, elle est davantage utilisée par les auteurs bibliques pour asseoir la légitimité d’un personnage qui va jouer un rôle précis.

C’est ainsi que l’on trouve chez Matthieu et Luc des différences, ne serait-ce que pour le père de Joseph : Jacob chez Matthieu, Héli, chez Luc… « Matthieu et Luc veulent l’un et l’autre répondre à la question : qui est Jésus ? Et que représente sa venue dans l’histoire du salut ? Mais ils ont chacun un projet théologique différent », souligne Odile Flichy, qui enseigne le Nouveau Testament au Centre Sèvres à Paris.

La généalogie de Jésus ouvre l’Évangile de Matthieu (1,1-17) et fonctionne, en ce sens, comme un pacte de lecture. « Elle indique au lecteur comment comprendre la suite : c’est-à-dire que Jésus est enraciné dans l’histoire du peuple d’Israël – il descend d’Abraham – et, en même temps, c’est en lui que va s’accomplir cette histoire. » 

Chez Luc (3, 23-28) en revanche, la généalogie est insérée après le baptême du Christ et avant ses tentations au désert, au début de sa vie publique. L’identité de Jésus est à la fois extraordinaire, révélée par le Père au baptême – « Celui-ci est mon fils bien aimé… » – et en même temps fragile, mise en question par Satan au désert – « Si tu es le Fils de Dieu… »

Quel est le projet de Matthieu ?

Il construit l’histoire du salut en périodes. Sa généalogie est structurée en trois séries de 14 générations – Matthieu omet d’ailleurs plusieurs rois pour aboutir à ce chiffre – descendant de Abraham au roi David, puis de Salomon, son fils, jusqu’à l’exil à Babylone, et enfin jusqu’à Jésus. « La régularité des cycles d’engendrement manifeste que la plénitude des temps est à son terme en Christ », analyse Élian Cuvillier.

Deux noms sont fondamentaux ici : Abraham et David. Le premier est « l’homme de la promesse » à travers qui doit venir « une bénédiction pour toutes les nations ». Le second est ce roi à qui Dieu a promis que son règne serait « affermi pour toujours » (2 S 7,16). C’est de sa lignée que, dans la tradition juive, le messie doit descendre. Le nom de David, dont la valeur numérique en hébreu est justement 14, structure la généalogie matthéenne. Jésus apparaît alors comme le roi qui demeurera à jamais. Pour Joseph Ratzinger (2), cette généalogie est « un véritable Évangile du Christ Roi : toute l’histoire regarde vers lui, dont le trône subsistera à jamais ».

Pourquoi Matthieu nomme-t-il  cinq femmes ?

Seul Matthieu insère des femmes dans la généalogie de Jésus : Thamar, la belle-fille de Juda qui s’est prostituée avec son beau-père Juda pour concevoir ses enfants ; Rahab, la prostituée de Jéricho qui se convertit au Dieu d’Israël et permet aux juifs de s’emparer de la ville de Jéricho ; Ruth, une Moabite veuve qui se convertit elle aussi et épouse Booz, un homme de la lignée de Juda ; la femme d’Urie, Bethsabée, qui s’unit à David dans une relation adultère et enfante Salomon ; et Marie, sa mère.

Trois d’entre elles sont des étrangères : alors que Matthieu a insisté dans sa généalogie sur l’enracinement de Jésus dans le peuple d’Israël, par la mention de ces femmes étrangères, il y introduit le monde païen et ouvre le salut à toute l’humanité.

Ces matriarches ont aussi toutes enfanté de manière irrégulière, Dieu intervenant pour modifier le cours des choses. Pour Matthieu, Dieu est ainsi capable de lever des obstacles apparemment insurmontables pour envoyer son Messie… Dans cette perspective, Marie occupe une place spéciale : la formule « de laquelle naquit Jésus » tranche avec tout ce qui a précédé. « Cette formulation indique que Joseph n’est pour rien dans la conception de Jésus, même s’il est son père, selon la loi. Marie introduit ainsi “un nouveau commencement” », relève Joseph Ratzinger. Jésus tient son existence d’une autre origine. « La généalogie demeure importante. Par Joseph, Jésus appartient “légalement” àla tribu de David. Cependant, il vient d’en haut, de Dieu lui-même. »

Que veut souligner Luc ?

Là où, d’ordinaire, les toledot vont de père en fils (X engendra Y), la généalogie lucanienne de Jésus emprunte le sens ascendant (Y, fils de X). « Cette originalité met en avant le statut de fils plutôt que celui de père », explique l’exégète Daniel Marguerat (3). Luc insiste davantage sur la filiation. Filiation qui vient de Dieu et en même temps s’incarne dans l’épaisseur de l’histoire humaine. Elle ne se concrétise pas hors des médiations humaines.

Luc, dont l’accent porte sur l’universalité du salut, remonte d’ailleurs jusqu’à « Adam, fils de Dieu ». Jésus est présenté comme le nouvel Adam en qui se récapitule la destinée de toute l’humanité. D’ailleurs, saint Irénée interprète les quelque 70 noms de cette généalogie comme le symbole de tous les peuples de la terre. En remontant de Jésus à Adam, Luc dévoile également que Jésus illumine toute l’histoire de l’humanité, qu’il est en quelque sorte la clé de compréhension de nos histoires.

Que disent ces généalogies pour nous aujourd’hui ?

Matthieu comme Luc réfléchissent ici à ce que signifie « être fils ». Et en ce sens, « cette filiation concerne chaque lecteur potentiel de l’Évangile, estime Élian Cuvillier. En tant qu’il est lui aussi un fils d’homme. Et en tant qu’il est appelé à devenir, par Jésus, fils du Père. »

Plus largement, elles laissent à entendre que le salut passe par les médiations humaines, mais que tout chrétien est aussi appelé à découvrir une filiation plus profonde. Pour Joseph Ratzinger, « qui croit en Jésus entre par la foi, dans l’origine personnelle et nouvelle de Jésus, reçoit cette origine comme origine propre. En eux-mêmes, tous ces croyants ont été avant tout “engendrés par le sang et la volonté de l’homme”. Mais la foi leur confère une nouvelle naissance : ils entrent dans l’origine de Jésus-Christ, qui désormais devient leur origine même. En vertu du Christ, par la foi en lui, ils sont à présent engendrés par Dieu. »

(1) Naissance et enfance d’un Dieu, Jésus-Christ dans l’Évangile de Matthieu, Bayard, 227 p., 19,80 €.

(2) L’Enfance de Jésus, Flammarion, 190 p., 15 €.

(3) Nouveau Testament commenté,texte intégral, traduction œcuménique de la Bible. Sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat. Bayard et Labor et Fides, 1 246 p., 59 €.

CÉLINE HOYEAU "
 
 
 
 
"...Les deux listes d’ancêtres que les Évangiles de Matthieu et Luc attribuent à Jésus soulignent combien sa filiation divine s’incarne dans l’épaisseur de l’histoire humaine..."
 

"...1. Pour les lecteurs et lectrices qui ne sont pas familiers avec ces deux généalogies, indiquons tout d'abord leur contenu et leurs différences principales. Mt 1,1-16 mentionne 42 (3 x 14) générations d'Abraham à Jésus et Lc 3,23-38 en mentionne 77 (11 x 7) d'Adam à Jésus. De David à Jésus, la liste de Matthieu compte 28 noms alors que celle de Luc en compte 43. Mais non seulement le nombre des ancêtres, aussi et surtout leurs noms diffèrent largement dans les deux listes. Si nous suivons la division en trois périodes proposée par Matthieu, on relève ce qui suit :

- Pour la période patriarcale d'Abraham à David, les deux listes comptent 14 noms et sont identiques. La source de cette généalogie commune est la Bible elle-même, plus précisément la fin du livre de Ruth (4,18-22, repris en 1 Ch 2,10-13) qui nomme les 10 ancêtres de David, jusqu'à Pharès. Mt et Lc n'ont eu qu'à ajouter le nom du père de Pharès, Juda, et ceux des 3 patriarches Jacob, Isaac et Abraham.

- Pour la période royale entre David et l'exil à Babylone, les deux listes de Matthieu et de Luc diffèrent complètement. Matthieu mentionne 14 rois, en suivant bien l'ordre de la liste des rois de l'Ancien Testament, mais il omet les noms de 3 rois bibliques (entre Joram et Ozias), pour maintenir son nombre de 14 générations. Par contre, Luc dit que la lignée davidique de Jésus vient par Nathan, le troisième fils de David, qui ne fut pas roi. Aucun autre roi que David n'est mentionné dans la liste de Luc. Mis à part Nathan, tous les noms mentionnés par Luc ne sont pas connus par ailleurs.

- Pour la période après l'exil jusqu'à Joseph, l'époux de Marie, les listes de Matthieu et de Luc diffèrent complètement, sauf pour les noms de Salathiel et de Zorobabel, comme vous l'avez bien remarqué. Ces deux noms sont les seuls dont on connaît la source. Ils sont, en effet, mentionnés dans l'Écriture. Vous avez raison de dire que Matthieu les présente, à juste titre, comme descendants du roi Salomon alors que Luc les situe dans la lignée du 3ième fils de David, Nathan. La différence des noms des ancêtres de Jésus apparaît dès le père de Joseph - et donc grand-père de Jésus - qui s'appelle Héli selon Luc et Jacob selon Matthieu.

     2. J'en viens maintenant à l'hypothèse que vous émettez, à savoir que « la généalogie présentée dans la version lucanienne serait celle de Marie et non celle de Joseph ». Cette hypothèse a été popularisée au 15 ième siècle par A. de Viterbe. Toutefois, elle n'est pas retenue par les exégètes contemporains. Pour deux raisons me semble-t-il : tout d'abord, Luc mentionne explicitement que cette généalogie est celle de Joseph (voir Lc 1,16 : « Jacob engendra Joseph l'époux de Marie ») ; ensuite, dans la culture de l'époque, seule la filiation par les hommes comptait, de sorte que la filiation davidique de Jésus doit passer par Joseph, le père légal, et non par Marie, malgré le fait de la conception virginale. Mais vous avez bien raison de souligner que le récit de l'enfance de Luc met l'accent sur Marie alors que celui de Matthieu est plutôt centré sur Joseph.

     3. Pour expliquer les différences entre les généalogies de Luc et de Matthieu, il faut sans doute supposer que ceux-ci ont eu recours à des listes divergentes des généalogies davidiques qui se transmettaient à l'époque. Mais ces différences entre les évangélistes s'expliquent d'abord par l'intention théologique qui les anime. Tant Luc que Matthieu n'ont pas comme visée d'énumérer la liste exacte des ancêtres de Jésus. Leur but principal, qui leur est d'ailleurs commun, c'est le messianisme davidique, c'est-à-dire montrer que Jésus est un descendant du roi David. Mais chacun a ses accents théologiques propres. En particulier, Matthieu, qui écrit pour des chrétiens d'origine juive, présente une généalogie descendante à partir d'Abraham pour montrer que Jésus est un vrai fils d'Abraham et que toute l'histoire passée du peuple juif trouve en lui son aboutissement et son sens. Luc, par ailleurs, destine son évangile à des chrétiens d'origine païenne : il présente une généalogie ascendante et fait remonter Jésus jusqu'à Adam, le père de toute l'humanité, non seulement du peuple juif..."

Marcel Dumais

Tiré de:http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2001/clb_011005.htm

Autres considérations sur les généalogies dans la Bible

1) L'approche historique des documents fondateurs : la Bible

Par: Jean-Marie Husser, professeur à l'université Marc-Bloch de Strasbourg

 http://fr.simplesite.com/builder/pages/editpagecontent.aspx?pageid=413290508&gotoPos=1739

 

2) Quelle est l’utilité des généalogies dans la Bible ?

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